La Corne d'Or (Halic)

1/18/2019
Les deux rives de la Corne d'Or ont connu une population très variée au cours des siècles. Aussi bien dans la composition ethnique, que religieuse ou sociale, les quartiers de la Corne d'Or ont toujours donné une image assez complète de qui l'on pouvait trouver dans l'ancienne capitale ottomane. En remontant le bras de mer depuis le Bosphore, les entrées de l'estuaire sont commandées par le vieux sérail de Topkapi d'une part, et par la grande Tour de Galata, d'autre part. Ces deux monuments symbolisent la puissance du sultan et celle de l'empire commercial des Génois, mais aussi, donnent les points de repères d'un quartier musulman et d'un quartier latin. Sans rentrer dans les détails, on arrive à distinguer d'un côté, les mosquées impériales avec leurs minarets élancés, tandis que de l'autre côté, les clochers des églises catholiques, souvent discrets, donnent l'impression d'une ville du Sud de l'Italie.

C'est le pont de Galata, reliant les quartiers des bazars à celui des banques, qui comme une ligne de départ, donne vraiment l'impression de rentrer dans la Corne d'Or. De chaque côté, des quartiers consacrés au commerce et sans habitant, donnent en journée, une impression de débordement, concernant l'activité qui y règne. Karaköy d'une part, Eminönü et Tahtakale, d'autre part, sont le cœur de la ville commerçante. Il faut s'en détacher pour trouver la quiétude légendaire de la Corne d'Or.
Avant le pont d'Atatürk, le quartier d'Unkapani se blottit au pied de la majestueuse mosquée de Soliman le Magnifique. Il est connu pour ces bonbons. C'est ici en effet, que l'on trouve des grossistes et des fabricants de bonbons qui sont distribués dans toute la Turquie.
Après le pont Atatürk, le bateau s'arrête à Kasimpasa, sur la rive nord. C'est un ancien village qui était autrefois détaché du tissu urbain de la ville. Il se trouvait en contrebas de Péra, coincé dans un vallon. La malencontreuse évolution du village, en a fait une proche banlieue qui n'a rien d'attirant. Seul le palais Camondo et l'hôpital de la Marine turque, présentent un intérêt particulier, tandis que la plupart des anciennes maisons de bois du village initial, ont disparu dans la frénésie bétonnière des années 60.

En face, la vieille ville de Constantinople est toujours présente avec le quartier de Cibali qui est dominé par la mosquée du Conquérant et l'ancienne église du Pantocrator. On y trouve plusieurs églises byzantines en bon état et le bord de l'eau est agréablement aménagé. Ce quartier est connu pour ses triperies, dont plusieurs sont installées près de l'eau, en bordure du boulevard.

Le quartier suivant qui est aussi le prochain arrêt du bateau, est le Fener. Avec son voisin, le Balat, ce sont les quartiers les plus pourvus de monuments historiques de la ville. Fener est dominé par deux grands bâtiments : la mosquée de Yavuz Selim d'où la vue sur la Corne d'Or est incroyable, et la Grande Ecole, étonnante construction rouge du XIXe siècle, qui se remarque de loin. A leurs pieds, une multitude d'églises et le patriarcat œcuménique, rappellent que le centre de la chrétienté orientale, est Istamboul.

Quand on arrive à Balat, le quartier suivant, on a l'étrange sensation de pénétrer dans un village. Ruelles étroites et maisons basses, donnent un cachet particulier à cet ancien quartier juif où plusieurs synagogues sont encore actives. Le centre de Balat est pourvus de nombreux petits commerces et le mardi, un marché paysan offre tous les produits des lointaines campagnes.

Coincé entre Balat et les remparts de Théodose II, le petit quartier d'Ayvansaray, donne une impression vraiment paisible. On y trouve beaucoup de maisons construites avec de vieilles pierres byzantines. Il faut dire que c'est ici que se situait le centre de l'Empire romain d'Orient. Après avoir abandonné le site du Grand Palais, en contrebas de l'actuelle mosquée Bleue, les empereurs s'étaient fait construire de somptueux palais à cet endroit, qui devint donc le centre de la capitale. En 1204, les Croisés furent impressionnés par la richesse et la beauté de ces palais orientaux, avant de se ressaisirent, et de les piller. Il reste de nombreux vestiges éparpillés sur près de 2 km², entre la Corne d'Or, les remparts et la 6e colline qui est dominée par la mosquée de Mihrimah et par la fameuse église Saint-Sauveur stin Chora.
Ayvansaray, marque la limite entre la vieille ville et la banlieue. En face, se dresse Hasköy, qui fut, avant d'être avalé par la ville, un village karaïte (secte juive) et qui contient de nos jours plusieurs musées, deux synagogues et quelques vieilles demeures en pierre intéressantes.
Hasköy est séparé de Kasimpasa par les chantiers navals, qui sont toujours en activité. De l'autre côté d'Hasköy, Sütlüce est un quartier populaire où se dresse Miniatürk.

Eyüp est le dernier arrêt des bateaux de la Corne d'Or. Autrefois, le village était lui aussi, détaché de la ville. Il se situe au pied d'une colline d'où on peut avoir une belle vue sur toute la Corne d'Or et où se tient un café où le romancier Pierre Loti, avait l'habitude de se prélasser quand il habitait la capitale ottomane.

Eyüp est surtout connu pour le mausolée du porte-étendard du prophète Mahomet, qui a donné son nom à l'endroit. Les ossements du saint homme tué au siège de la ville en 751, ont miraculeusement été retrouvés à la vieille de la Conquête ottomane. C'est encore aujourd'hui un endroit fort religieux, où les fidèles viennent en pèlerinage.

La population

D'une façon générale, les populations qui résident de nos jours dans les quartiers de la Corne d'Or, sont assez défavorisées. Cela n'a pas été toujours le cas, et même, certains de ces quartiers ont connu des populations très aisées. C'est surtout le cas de Fener, où la bourgeoisie orthodoxe résidait jusqu'à la République et même plus tard. Il s'agissait surtout de descendants des familles byzantines, comme les Cantacuzène ou les Paléologue. Certaines de ces familles obtinrent du sultan, le droit de diriger les provinces ottomanes de Moldavie et de Valachie, jusqu'au milieu du XIXe siècle. On trouve encore à Fener, les ruines de leurs palais. Les classes moyennes occupaient les quartiers de Salmatomruk jusqu'à Edirnekapi, Cibali, Zeyrek et Hasköy. On y trouvait une nette majorité d'orthodoxes, sauf à Hasköy, où les juifs étaient majoritaires.

Kasimpasa et Balat, respectivement musulman et juif, ont toujours été pauvres, ce qui n'a pas changé de nos jours, même si une évolution a eu lieu à Kasimpasa. Les Gitans, principalement originaires de Roumélie, ont toujours été présents dans le nord de Kasimpasa et à Ayvansaray. Les musulmans étaient largement majoritaires à Eyüp, bien que le village comptait aussi une communauté arménienne, la seule présente sur la Corne d'Or.

Aujourd'hui, les quartiers de Fener et Balat ont une population qui est originaire de la mer Noire (région de Kastamonu) et qui est à 40%, installée à Istamboul depuis moins de 5 ans. Les autres quartiers ont une population plus intégrée, mais toujours avec une large majorité n'ayant aucune racine en ville. Religieusement, les communautés orthodoxe et juive ont diminué de façon spectaculaire, et pour différentes raisons. La principale étant l'amélioration de la qualité de vie dans les années 30-40, par l'émigration vers d'autres quartiers plus récents. Tous les quartiers sont majoritairement de racines musulmanes, même si les orthodoxes sont encore présents à Salmatomruk, Tekfur, Cibali, Ayvansaray et Fener. Il s'agit non pas de population d'origine, mais des immigrants arabes chrétiens venus de la région d'Antioche. Quelques juifs sont encore installés à Balat et à Hasköy, mais leur nombre n'est pas représentatif, tout comme les Arméniens grégoriens à Eyüp et à Balat. Des alévis se sont installés à Cibali, Unkapani et Zeyrek, dès les années 1960.

Les visiteurs

Depuis des siècles, le nom même de la Corne d'Or, a fait rêver les voyageurs et les romanciers. Il faut dire que le paysage vallonné, les eaux tranquilles et les demeures impériales qui y sont implantées, ont bien aidé à donner une image d'un Istamboul où la douceur de vivre a gagné sur le grouillement afféré des quartiers des bazars ou sur l'agitation des quartiers latins.

Délaissé au milieu du XXe siècle, comme une grande partie du centre historique, au profit des nouveaux quartiers au nord de Péra et en dehors des remparts théodosiens, la Corne d'Or a repris son rôle de lien entre les quartiers de la ville, depuis une quinzaine d'années. Mais le bras de mer n'a pas fini d'évoluer et de nous surprendre : depuis quelques temps, il est de bon ton pour le Stambouliote dans le vent, d'aller dîner en amoureux ou entre amis, dans les tavernes qui fleurissent le long des berges. Mieux encore, alors que les Stambouliotes n'ont jamais donné beaucoup d'importance aux vieux centre historique, il n'est pas rare, les fins de semaines, d'y voir des groupes venus des quartiers plaisants, déambuler dans les ruelles de Balat ou de Fener, à la recherche du temps passé.

Cet engouement récent pour les vieilles pierres n'est pas un hasard. Depuis plusieurs années, on parle dans la presse du grand projet de réhabilitation des principaux quartiers de la Corne d'Or, soit le Balat et le Fener. On peut d'ailleurs y voir les premiers résultats, même si le travail qu'il reste à faire, est encore colossal. Les étrangers sont moins présents dans la liste des visiteurs. En effet, non seulement ils ne connaissent pas le projet de réhabilitation, mais ils sont toujours certains que le centre d'Istamboul est Sainte Sophie. D'ailleurs, on les voit rarement s'en éloigner, cherchant hôtels et restaurants dans les environs, et suivant les ‘bons conseils' de leurs guides, dont les pigistes ont visité la ville avec les mêmes certitudes que ceux qui les lisent.

Certains étrangers sont pourtant plus curieux ou connaisseurs. Les Grecs et les Slaves ne conçoivent pas une visite d'Istamboul, sans passer par Fener, car c'est ici le centre du Monde orthodoxe. En effet, le patriarcat œecuménique de la Nouvelle Rome et de Constantinople y est établit depuis 500 ans. Le patriarche est l'équivalent pour les orthodoxes, du pape pour les catholiques. Pas étonnant donc que l'on y rencontre en tout temps, des pèlerins venus des quatre coins du monde.

Les touristes arabes, et particulièrement libanais, s'intéressent aux quartiers de la Corne d'Or pour des raisons différentes. En effet, pendant de nombreux siècles, Constantinople a été leur capitale et les nombreuses églises byzantines de ces quartiers, attirent non seulement les connaisseurs, mais aussi d'autres chrétiens d'Orient, à la recherche de leur racines. Le quartier de Balat contient de très anciennes synagogues et les Israéliens, dont 16% ont des racines en Turquie, sont nombreux à s'y rendre.

Les Occidentaux sont les moins présents, mais les fameuses mosaïques de l'église Saint-Sauveur stin Chora (Kariye Müzesi), qui se situent sur les hauteurs de la Corne d'Or, attirent quand même de nombreux touristes.

Balade sur la Corne d'Or

Quoi de plus sympathique qu'une balade en bateau sur la Corne d'Or ? Si on loge du côté de Besiktas, le plus commode est de se rendre à Üsküdar avec l'un des vapeurs qui reliant les deux rives du Bosphore, avec un départ toutes les 10 minutes. Üsküdar est le point de départ de la ligne de la Corne d'Or et les bateaux y partent toutes les heures entre 07h00 et 20h00. Les stations suivantes sont : Galata-Karaköy, Eminönü, Kasimpasa, Fener, Balat, Ayvansaray, Sütlüce et le dernier arrêt 45 minutes plus tard, Eyüp.

Ceux qui logent à Péra (quartiers de Tünel, Galatasaray, Tepebasi, Tarlabasi, Cihangir, Taksim, Harbiye) et à Galata, pourront rejoindre la ligne à Karaköy en utilisant le vieux métro ou le tram (station de Karaköy).

Enfin, ceux qui habitent du côté de Laleli, Beyazit, Çemberlitas, Sultanahmet et Sirkeci, pourront également se déplacer en tram jusqu'à Eminönü, avant d'embarquer au guichet no 1 (derrière la Tour de la Prison, quasiment en face du Bazar Egyptien). Pour une belle balade en journée, Le mieux est de prévoir un départ de bonne heure afin de profiter un maximum des quartiers les plus riches en monuments historiques de la ville, tout en flânant dans des quartiers peu agités tels qu'Ayvansaray, Tekfur ou Eyüp.

Evidemment, le must est d'effectuer la balade avec un guide-conférencier.



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