Galata

5/24/2019
Galata présente deux caractéristiques majeures : c'est une ville dans la ville, et depuis sa fondation jusqu'au XXe siècle, une ville occidentale dans une ville orientale. Quand les Paléologues récupèrent en 1261, leur capitale occupée par les Croisés et les Vénitiens depuis 1204, ils eurent besoin, pour faire face à la toute puissante Sérenissime, de l'aide de son ennemi héréditaire, la République de Gênes. L'alliance byzantino-génoise aboutit à une première concession accordée aux Génois pour bâtir une cité sur l'autre rive de la Corne d'Or. Un premier établissement en bord de mer, entouré d'une palissade, se développe par concessions successives vers la colline. La Tour du Christ (actuelle Grande Tour de Galata) est implantée au point de rupture de la pente et ainsi se constitue de proche en proche une colonie génoise.

C'est une vraie ville occidentale, avec ses murailles, ses hautes maisons en pierre, ses rues rectilignes et parallèles, l'ensemble constitué par les églises Saint-Dominique et Saint-François de part et d'autre de la cathédrale Saint-Michel, en bordure de la place centrale ou se tient le marché. La rue principale part de la Tour, passe devant les maisons patriciennes accrochées à la pente et la loggia du podestat ou se réunissent les marchands, puis coupe la place de la cathédrale pour descendre jusqu'à la mer, à l'endroit le plus étroit de la Corne d'Or où s'effectue la traversée vers Byzance. C'est l'actuelle rue Persembe Pazari le long de laquelle ont peut encore voir les dernières “maisons franques”, des maisons en pierre des XVIIe et XVIIIe siècles, qui étaient habités par des étrangers (des Francs), mais surtout l'ancien tribunal génois et l'ancienne prison, (XIIIe siècle).

Au niveau de la place centrale, cette rue, perpendiculaire à la mer, est coupée par le second axe important de Galata, parallèle au rivage qui va de la porte de l'Arsenal à la porte de Tophane (Fonderie de canon, actuellement le centre culturel Mimar Sinan, Beaux-Arts).

Les Génois restent spectateurs du siège de Constantinople par les Ottomans, et signent un acte de reddition qui garantit non seulement leurs personnes et leurs biens, mais leur donne aussi le droit de conserver leurs églises et leur accorde une quasi autonomie.

Les Ottomans transforment peu après l'église Saint-Dominique en mosquée, l'actuelle mosquée des Arabes ou Arap Camii, pour installer autour un quartier d'ouvriers et des chantiers navals et surtout, les réfugiés maurisques d'Espagne, mais sera l'unique empiètement pour longtemps, les grandes mosquées bâties de ce côté de la Corne d'Or (Sokollu Mehmet Pacha en 1576, Kiliç Ali Pacha en 1580) l'étant à l'extérieur de la muraille de Galata.

Et les voyageurs s'étonnent d'entendre fêter bruyamment le carnaval ou de voir se promener des processions de flagellants dans la ville “franque”.

Galata se présente sans doute aux yeux de l'administration ottomane comme un ghetto latin. C'est là qu'on installe les ambassades chrétiennes au fur et à mesure de leur arrivée dans la capitale, à l'exeption de celle de l'Empereur germanique, le seul qui pourrait prétendre à l'égalité avec le sultan, qui loge à Constantinople. C'est là qu'on boit le vin à volonté dans les tavernes grecques où viennent aussi les Turcs qui traversent la Corne d'Or. C'est là aussi que se fait le commerce avec l'Occident. Les Levantins de Galata sont des courtiers, les intermédiaires privilégiés de l'Europe, et quand la puissance de celle-ci s'affirme, Galata cesse d'être un ghetto pour devenir le coeur économique de la ville.

Les prêteurs grecs, arméniens ou juifs du gouvernement ottoman en difficulté, les banquiers de Galata s'y installent tout naturellement, et quand, avec la guerre de Crimée en 1853, l'Empire ottoman est placé sous tutelle économique de l'Europe occidentale, c'est Galata qui aura sa rue des banques en même temps que la première municipalité de l'Empire.

Pressée par les ambassadeurs étrangers d'établir des services municipaux dans la capitale, l'administration ottomane divise la ville en quatorze cercles et instaure une “municipalité-modèle”, pour le seul sixième cercle, c'est-à-dire Galata et Péra. Le premier conseil municipal, composé en grande partie de chrétiens et de juifs, avec la participation à titre consultatif d'étrangers établis dans la ville, décide de paver les rues, de démolir les murailles et d'ouvrir une voie carrossable pour gravir la pente entre le rivage et la Grand-Rue de Péra, (l'actuelle Istiklal Caddesi). C'est sur cette rue dite rue des Banques, aujourd'hui Voyvoda Caddesi, empruntée par les premiers tramways hippomobiles (1869) que s'installera la Banque Impériale Ottomane, organisme franco-anglais, bientôt suivi par les autres établissements bancaires comme celui des Camondo, bordé par l'élégant escalier “baroque” du même nom qui gravit la ruelle latérale. Un funiculaire, dit aussi métro, le célèbre “Tünel” ou “tunnel”, relie depuis 1871 Galata à Péra.

il y a toujours des pêcheurs sur le pont de Galata
Caravansérail de Rustem Pacha
La Cité Française
Hôpital de Beyoglu
(ex- hôpital de la Marine anglaise)

Les quais de Galata
Rue typique du quartier :
A gauche l"ancien lycée hongrois, aujourd'hui école turque,
à droite l'église St Pierre et St Paul
Banque Ottomane devant l'ancien
hôpital de la Marine anglaise

Autre caractéristique occidentale, la “fuite” du centre de Galata : les premiers immeubles de rapport se déplacent de Galata à Péra (Beyoglu), et ensuite au-delà de la place du Taksim, en laissant derrière eux des quartiers dégradés, progressivement occupés par l'artisanat et les migrants ruraux. Ce processus amorcé dès les premières années de la République est déja accompli en ce qui concerne Galata, au cours des années 50. Toutefois, l'ancienne cité génoise conserve son site exceptionnel, sa situation de passage obligé vers la vieille ville de Stamboul, et abrite toujours les sièges des banques. Une réhabilitation a commencé dans les années 1990 et commence à porter ses fruits (la Banque Ottomane, le musée Juif, la sinagogue Schneider, la Maison Camondo, le passage Salonique, l'église St-Benoît, la prison anglaise, etc.)



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